C’est un choix politique

Où comment la mauvaise gestion de la canicule nous montre comment la classe politique et médiatique s’organise pour ne rien faire face à la catastrophe climatique.

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La 2ème canicule de l’année est à peine terminée que déjà, on constate à quel point la gestion de ce type d’évènement est catastrophique. Les différentes réponses employées par le gouvernement en place dénotent de l’absence de considération pour la question climatique. Records de chaleur battus de jour en jour, scientifiques ignoré·es et des centaines de morts : entre mépris, répression et déni, on constate que cette inaction est avant tout voulue.


Dès les premiers jours et jusqu’au plus haut sommet de l’État, il y a un mépris insupportable envers le peuple. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, déclarait sur RTL le 24 juin : « On ne va pas mettre le pays à l’arrêt » quand on lui posait la question d’instaurer une température maximale au-delà de laquelle il serait interdit de travailler. C’est sûr que depuis ses bureaux et taxis climatisés, la question ne se pose sûrement pas. Alors que les morts se comptent par centaines et que nombre d’entre eux sont dûs au travail, il est plus qu’urgent d’adapter notre société. Mais du coup le plan, c’est quoi ? On se tue, littéralement, à la tâche pour produire, croître, satisfaire la classe dominante ? Ehh non merci, vite la décroissance.

Du côté du ministère de la Transition écologique, on nous informe que « Cela fait 9 ans qu’on se prépare » (et on découvre au passage l’existence de notre ministre, Monique Barbut). Heureusement qu’ils étaient préparés, sinon ça aurait été un massacre, j’imagine. L’indécence de sortir cette phrase alors que depuis des années, l’écologie a été mise au ban des priorités, en démontre cette infographie de Bon Pote sur les votes à l’Assemblée Nationale des partis politiques, et notamment du bloc central, sur la question des énergies fossiles.

Graphique du média Bon Pote indiquant intitulé « Position des groupes politique sur la consommation d’énergies fossiles » et montrant la proportion pour chaque parti politique de votes Anti-fossiles, Pro-fossiles ou Abstention. La gauche est quasiment exclusivement anti-fossile, le centre à environ 60% pro-fossiles et la droite et l’extrême-droite à 80% ou plus pro-fossiles.

Dans les médias des élites, c’est un autre niveau qui s’apparente à un foutage de gueule plus explicite. Chez RMC, c’est Daniel Riolo qui ouvre le bal. Alors que des enfants crèvent de chaud dans les écoles et nos aînés dans les EHPAD, lui nous recommande « d’arrêter de chouiner et de mettre un t-shirt ». C’est ensuite chez Quotidien où Yann Barthès s’est lamentablement illustré, dans une séquence qui a déjà pas mal tourné et choqué la plupart des gens. Il nous explique calmement que tout le monde subit la canicule de la même manière, Bernard Arnaud comme nous, et se met à se moquer des plus précaires qui vivent sous les toits. Le tout, en déclenchant des rires hilares dans le public et chez ses chroniqueur·ses autour de la table. Lunaire.

Ce genre de séquences, il y en a malheureusement de plus en plus sur les plateaux télé ou à la radio. Si elles étaient jusque-là réservées aux médias d’extrême-droite remplis de climatosceptiques (et on n’en était pas plus étonné), elles prennent maintenant le pas dans des médias plus mainstream mais avec le même discours : le mépris pour les classes populaires depuis un entre-soi bourgeois dénotant une déconnexion totale.


Ce mépris s’accompagne malheureusement dans beaucoup de cas d’une répression assez spectaculaire de la part des forces de l’ordre et du gouvernement en place. On réprime à tout bout de champ. On verbalise des citoyens qui veulent se baigner dans les rivières car ils crèvent de chaud chez eux et dans la rue. À Clermont-Ferrand cette semaine, 15 policiers interviennent pour détruire une piscine installée dans la rue pour que des gamins se rafraîchissent. On a donc quinze (15) fonctionnaires qui ont été spécifiquement réquisitionnés pour aller empêcher des enfants de se baigner car ils avaient chaud ? C’est vraiment dans cette société qu‘on souhaite vivre ? À gerber.

Mais ça n’est pas tellement une surprise quand on connait le passif de la politique dégueulasse menée par les ministres de l’Intérieur successifs : les lanceur·ses d’alertes sont criminalisé·es et devenu·es des « éco-terroristes », les projets écocides qui suscitent la mobilisation de la population avec le soutien des scientifiques (cf. le projet d’autoroute A69) sont maintenus, la violence inouïe qui s’est abattue sur les militants venus s’opposer au projet des méga-bassines à Sainte-Soline, et j’en passe.


Tout ça pour quoi ? Le gouvernement est clairement dans le déni et dans l’inaction politique sur le sujet de l’écologie. Devenu professionnel dans l’enfonçage de portes ouvertes comme en témoignent ses communications pendant la canicule. Des visuels incitant les gens à « rester au frais », « boire de l’eau » ou « fermer les volets ». Merci du tuyau, vraiment. Ceci combiné à des mesurettes ou phrases chocs pour montrer qu’on prend le sujet à bras-le-corps alors qu’il n’en est rien.

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Mais peut-être n’étaient-ils pas au courant de ce qui allait se passer ? Qui aurait pu prédire, finalement ? Eh bien les scientifiques. Ils n’ont cessé d’alerter, à travers les rapports bien connus du GIEC ou sur les quelques plateaux qui les ont invité·es. Mais aucunes de leurs paroles n’ont été écoutées. L’article sur LinkedIn de Valérie Masson-Delmotte est édifiant en la matière : le second rapport du GIEC en 1995 concluait déjà sur l’influence des activités humaines sur le climat de la planète.

C’est cool d’inviter chaque année pendant la canicule Jean-Marc Jancovici (ou un·e autre scientifique) sur les plateaux télé. C’est juste dommage de les ignorer tout le reste de l’année. Le pire ? C’est qu’en plus d’être ignoré·es, les scientifiques sont la cible d’attaques de climatosceptiques (coucou l’extrême-droite) et certain·es sont même placé·es sous protection fonctionnelle. Insultes, menaces de mort, procès en diffamation : tout ça parce qu’iels font leur travail. Magali Reghezza l’explique parfaitement dans « C à vous ».

Certes en écoutant la Macronie experte du cherry-picking, on a l’impression que la lutte avance, qu’ils sont à l’écoute des enjeux et que l’écologie est une priorité (le fameux « Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas » de Macron). Mais quand on regarde en détail, c’est une vaste blague : les votes à l’Assemblée Nationale sont édifiants comme vu plus haut, les coupes drastiques dans le Fonds Vert s’enchaînent (encore amputé de 650 millions d’euros en 2026), les 200 propositions de la convention citoyenne pour le climat ont été oubliées…


Si on veut changer la situation, ce n’est pas avec des ventilateurs ou des clims individuelles, mais avec une adaptation de la société qui comprend des changements structurels qu’on va y arriver. Redéfinir notre manière de consommer, de nous déplacer, notre rapport aux inégalités (qui sont amplifiées par le dérèglement climatique) et réellement considérer la parole scientifique.

Il n’est pas dans l’intérêt de la classe bourgeoise capitaliste au pouvoir de changer les choses. Son objectif est de faire perdurer le statu quo et rien que l’idée d’un basculement de la société lui fait peur car cela pourrait signifier la fin de ses privilèges.

Notre maison brûle, les gens meurent et nos dirigeants ne font rien. C’est un choix politique.